Jérémy

SOLIDAIRES 
FINANCES PUBLIQUES







Je suis syndiqué à Solidaires Finances Publiques depuis une dizaine d'années, d'abord en tant que simple adhérent. J'y suis venu un peu par hasard, pas non plus en militant de première ligne. J'ai pas eu de cas où dans mon entourage ou m'amenant moi à devoir me défendre, à devoir être défendu. J'ai la chance dans mon environnement proche de pas avoir de soucis du tout avec ça. J'ai des parents qui sont post-68’tards, donc ils sont très compréhensifs de tout ce qui va être de s'exprimer librement dans la rue, etc... Même si eux n'ont pas eu de vie syndicale ou autre, ils l'acceptent très bien.

Aux dernières élections professionnelles, j’ai été élu en tant que délégué et représentant du personnel. Et ensuite, il m'a été proposé d'intégrer le bureau de l'Union départementale Solidaires 31, ce que j'ai fait il y a deux ans.

Être syndiqué dans la fonction publique permet de se défendre, puisqu'on a encore un fort taux de syndicalisation et une importance, certes relative, mais quand même pesante auprès de l'administration. On a la possibilité de porter face à l'employeur des revendications et de défendre les collègues et camarades.

En scolarité pour les finances, c'est Solidaires Finances Publiques qui m'a le plus accroché dans le discours et dans la manière d'être et de faire. Et de ce qu'ils proposaient en termes de combat collectif et de défense collective. C'est un syndicat dont la première ligne c'est de défendre le quotidien des agents en termes de métier, de possibilité d'effectuer le travail qui nous est demandé. C'est ce qui m'a le plus intéressé dans le positionnement de Solidaires Finances Publiques en première approche. Derrière, c'est un des syndicats de Solidaires, fondateur du groupe des 10, et qui a aussi un positionnement social en dehors des questions du métier. C’est un côté important que j'ai découvert par la suite.

« justice fiscale, 
justice sociale, 
justice environnementale »


Défendre la qualité de vie, la fonction publique, les camarades au jour le jour : si derrière le positionnement social n'est pas cohérent, ça sert à rien. C'est du vent. L'un ne va pas sans l'autre, à mon sens. Il faut un positionnement social cohérent avec une défense des missions, des agent·es et de la façon d'exercer le métier au financement public.

Je suis correspondant local au sein de mon unité de travail. Je fais passer les informations auprès des camarades et des collègues, remonter les tensions qu'il pourrait y avoir en terme de métier. Je fais remonter les demandes, en tout cas je synthétise ce que mes camarades pourraient avoir comme besoin immédiat pour effectuer leur mission, que ce soit des revendications comme du personnel supplémentaire pour telle ou telle mission, des conditions de travail acceptables en termes de matériel. C'est quand même la première action qu'on a pour les collègues, de défendre leur façon de travailler et de mettre l'administration et l'employeur face à son obligation de fournir un minimum de matériel et de capacité pour effectuer la mission qu'on nous demande. Après, en tant que délégué du personnel et représentant des agents, il y a tout le côté discussion avec l'administration et les limites de l'exercice qu'on peut avoir en tant que délégué du personnel face à une administration toute puissante qui bien souvent, sous couvert de dialogue social, impose sa volonté à la fin.

Avec un peu de prise de hauteur, on peut comprendre la position de l'administration qui n'est qu'un exécutant du programme politique. À partir du moment où on connaît le programme politique qui lui est demandé d'appliquer, on comprend un petit peu ce qu'elle veut et ce qu'elle peut faire, pas faire, etc. Même si dans beaucoup de cas, il faut demander. Puis après, on voit jusqu'où l'administration est prête à lâcher du lest ou pas. Il y a des points sur lesquels on bataille, on sait qu'il n'y aura jamais rien de lâché, mais ce sont des points pour lesquels on a envie de se battre en termes de qualité de vie, de travail, des éléments de service au public, tout simplement. On s'attache à mettre l'administration face à ses propres propos en termes de qualité de service public et à lui dire qu’à un moment donné, si elle applique la réduction des effectifs, la qualité du service va en pâtir. On sait bien que ce n'est pas forcément notre administration locale qui est décisionnaire. Mais après elle est responsable de l'application politique du programme dans son pré carré géographique.

Il y a des moments où je suis moins présent auprès de mes collègues pour effectuer les tâches. On a la chance encore dans l'administration d'avoir de la délégation pour les représentant·es du personnel. Donc on peut prendre du temps pour effectuer toutes ces tâches, pour effectuer toutes ces missions qui sont pour le bien commun des camarades et des collègues. Ça permet de se dégager du temps sans pour autant trop empiéter sur la vie personnelle.

« il faut un positionnement social 
cohérent avec une défense des agent·es 
et de la façon d'exercer le métier »


On est une administration un peu atypique. On est passé au vote électronique sur les dernières élections professionnelles de 2020. On était encore à un peu plus de 80% de participation. Donc on a encore ce poids de la participation en tant qu'organisation. On a quand même été élu par 80% du personnel. C'est je pense un cas atypique dans le monde du travail en général et dans la fonction publique, à mon avis, à mon sens et aux échos que j'ai de la part des autres fédérations. Après le taux réel de syndicalisation est plutôt autour de 25% de personnes qui cotisent à un syndicat dans mon administration.

Mon investissement auprès de l'Union départementale s'est fait suite au dernier congrès de Solidaires 31, dans lequel le bureau précédent ne se représentait pas et où il fallait des candidats. Mon syndicat m'a demandé si je voulais bien prendre un peu plus de responsabilité et me présenter au bureau départemental pour porter notre voix. J'ai mis les doigts dedans. 

On voit le fonctionnement assez particulier et atypique de Solidaires au sein des unions syndicales. Chaque syndicat porte une voix, quel que soit son poids dans son secteur, son nombre d'adhérent·es, etc. Que toutes les voix soient écoutées c'est un mode de fonctionnement qui est très démocratique dans le sens où les décisions ne sont pas forcément prises à l'unanimité mais elles sont prises au compromis. C'est à dire que pour prendre une décision il va falloir que chacun arrondisse les angles de sa propre position, comprenne les positions des autres et s'il n'y a pas d'accord il n'y a pas de décision qui est prise à l'emporte-pièce ou de manière descendante, parce que quelqu'un aurait décidé que. C'est ça aussi qui est super intéressant dans le mode de fonctionnement de Solidaires en général et des Solidaires départementaux aussi et qui est de mémoire la façon de fonctionner de chacun des Solidaires ou des syndicats SUD adhérents à Solidaires.

On est un syndicat progressiste dans ses idées, porteur d'une justice pour tou·tes. C'est d'ailleurs l'étendard qu'on s'est trouvé à Solidaires Finances Publiques dans notre dernier congrès. Notre mot d'ordre c'est justice fiscale, justice sociale, justice environnementale. Sans ces éléments là, à mon sens la société se délite et perd son lien. 

La justice fiscale, parce que mon point de départ métier fait que la participation de chacun à la vie collective est importante. Sans participation il n'y a plus de vie collective, il n'y a pas d'espace collectif. Mais cette participation elle doit être juste pour chacun. Et le juste c'est pas l'égalité. C'est de participer à hauteur de ses moyens. Et c'est bien cet élément là qui m'intéresse et que je retrouve chez Solidaires. C'est à dire qu'effectivement une voix pour un, que l'on soit gros ou petit, ça reste une voix. Et le côté du compromis aussi à mon sens va dans cet esprit de la justice non pas comme une égalité mais comme quelque chose qui permet à chacun d'être redressé et revalorisé à hauteur de ce qu'il est. 

« les gros revenus participent de moins en moins 
ou en tout cas 
veulent faire sécession »


C'est l'administration fiscale qui gère les dépenses de toutes les collectivités en France. Donc on voit aussi le métier des autres par la lorgnette de la gestion des budgets des collectivités. Mais le plus important que moi je puisse voir par mon métier c'est la participation de chacun à l'effort collectif, on va dire budgétairement, fiscalement, et justement de voir les inégalités qu'il peut y avoir entre les gros, les petits, les pas gros, les pas petits, etc. De voir qu’il y a un problème de participation des un·es et des autres en fonction de leurs moyens. Dans ce monde qui se délite vis-à-vis du fascisme actuel et ambiant, c'est les gros revenus qui s'en sortent et pas la majorité.

Ils participent de moins en moins ou en tout cas veulent faire sécession en disant : « moi je ne participerai pas », alors que ça fait partie potentiellement de ceux qui ont le plus de bénéfices de la part de l'État. C'est un combat, on va prendre une expression du Sud-ouest, de remettre l'église au centre de la ville et du village en disant et en pointant les inexactitudes, pour ne pas dire les mensonges, des groupuscules et des groupes fascistes en termes politiques. Dire : « non, ça vous ne le voulez pas, vous ne le votez pas, vous ne le présentez pas » et de mettre en lumière cette ambivalence du fascisme qui s'appuie sur un populisme alors qu'il n'en a rien à faire du peuple.

Je me suis formé un petit peu sur le tas, je pense comme presque tous les syndicalistes à SUD - Solidaires. J'ai appris à parler, même si ce n'est pas mon fort, à écouter les camarades, à essayer de synthétiser les informations que je pouvais avoir à gauche et à droite, à discuter avec des camarades sur leurs propres positions à eux.

Je suis dans une administration où on a peu de difficultés à avoir une activité syndicale. Après le dernier tour de la présidentielle et les législatives qui ont suivi en juin 2024, la parole s'est libérée du côté de l'extrême droite, y compris dans les administrations publiques. On n'a pas de prise de parole ouvertement raciste ou xénophobe dans mon administration, en tout cas moi j'ai pas croisé de collègues comme ça. Il ne faut pas oublier qu’aux dernières élections il y a 30% de la population qui a vote pour l'extrême droite. Forcément avec ces taux de vote, il y en a dans nos entourages. Mais on a constaté que quand on faisait le travail syndical, quand on passait et qu'on essayait d'aborder des thématiques autres que le métier en lui-même et l'ambiance sociale, on avait des visages qui se fermaient plus vite. Ou des gens qui quittent les bureaux pour ne pas nous entendre discuter des positions sociétales de Solidaires.

Les syndicats Solidaires, individuellement, gardent leur propre indépendance vis-à-vis de la parole politique. La plupart ne font qu'apporter un éclairage du discours politique en donnant des informations et des éléments par rapport à leur branche professionnelle en disant. L’idée c'est de pouvoir permettre aux gens de décrypter ce que les politiques vont leur raconter. 

C'est ça que m'apporte le syndicalisme : avoir des clés de compréhension du discours des politicien·nes.